DIACIMINUM

var DYACIMINUM

var DYACYMINON

DIACIMINUM
Médecine - Pharmacopée

nomen

Etym FEW II, 1562a cuminum

Préparation pâteuse, électuaire* à base de cumin.

Notes

  • Note encyclopédique

    Selon le FEW (II, 1526b) la forme CUMINUM qui fait partie du composé DIACUMINUM, et latinisée à partir du grec, connaît une variante CIMINUM, qui est celle qui apparaît dans les citations. 

    D'après l'éditeur de la Chirurgie de l'abbé Poutrel, Ö. Södergard (p. 75), il s'agirait d'un électuaire à base de cinnamome (cannelle), dont l'étymon est CINNAMUM (FEW, II, p. 689a). La forme, qui connaît aussi une variante CINNAMOMUM selon le même dictionnaire, s'écarte toutefois davantage des formes relevées dans le corpus. Il est toutefois difficile de trancher, faute d'informations supplémentaires, mais on peu noter que le dictionnaire Latinitatis medii aevi Lexicon Bohemorum (Zuzana Silagiová, Pavel Nývlt & Barbora Kocánová éds., Prague, 2018-2022, consulté par le biais de la Database of Latin Dictionaries de Brepols, en ligne) rattache également la forme latine DIACIMINUM à CUMINUM. [I. Vedrenne-Fajolles, M. Goyens]

  • Note encyclopédique

    Sur les *médicaments composés commençant par le préfixe DIA, on consultera : María Nieves Sánchez, « Nombres de composiciones farmalógicas formados con la partícula griega DIA contenidos en obras médicas medievales castellanas [= Noms des médicaments composés pharmacologiques formés à l'aide de la particule grecque DIA (et) contenus dans les oeuvres médicales médiévales en castillan] », Cahiers d’Études Hispaniques Médievales, 1991, n°16, pp. 147-181. Le fait que cette étude porte sur le domaine castillan (XVe) ne doit pas nous empêcher de la prendre en compte, la vulgarisation médicale des derniers siècles du Moyen Âge puisant aux mêmes sources latines dans l'ensemble de l'aire romane et permettant un important fond commun de connaissances et de pratiques, auxquelles viennent s'agréger les apports locaux, qui restent minoritaires. L'auteure aborde aux pages 152-153 de sa contribution le diacimino, équivalent castillan du diaciminum que nous avons dans nos textes, et le présente comme un électuaire dont l'ingrédient principal serait le cumin, ce qui semble corroborer la seconde hypothèse de la note précédente, tirée du Latinitatis medii aevi lexicon Bohemorum, et remettre en cause la première (celle de l'éditeur de la Chirurgie Poutrel, qui rattachait diaciminum à la canelle, étym. cinnamum ou cinnamomum). Le mot diacimino est présent à plusieurs reprises dans un corpus de textes médicaux en vulgaire castillan du XVe siècle (tous édités avec une concordance dans le cadre de l'Hispanic Seminary of Medieval Studies à Madison, dans la "Medieval Spanish medical Text series"). On le trouve sous des graphies très légèrement différentes dans quatre des textes de ce corpus : une version castillane anonyme du Traité sur les fièvres d'Isaac Israeli (Tratado de las fiebres), le Sumario de la medicina [= Résumé de la médecine] de Francisco López de Villalobos, la Sevillana Medicina [= Médecine sévillane ou pour les Sévillans] de Juan de Aviñón (texte du début du XVe siècle, mais dans une édition du XVIe siècle par le médecin Nicolás Monardes) et un Tesoro de los remedios [= Trésor des remèdes]. Pour plus d'information sur les éditions de ces textes, je renvoie à l'article (note 1, pp. 147 et 148). María Nieves Sánchez donne deux contextes d'utilisation de ce médicament composé : Selon le Tratado de las fiebres, il est administré en cas de nausée après le repas et permet d'éviter ou de calmer les vomissements : selon le Tesoro de los remedios, on l'utilise avant la saignée de la veine céphalique, cette fois sous forme d'emplâtre, pour préparer la zone qui va être incisée. L'auteure note enfin que le diacimino est encore présent au XVIe siècle dans au moins un texte de médecine en castillan, l'oeuvre de Fray Antonio Castell, Theorica y practica de boticarios en que se trata de la arte y forma come se han de componer las confectiones ansi interiores como exteriores [= Théorie et pratique des apothicaires, où l'on traite de l'art et de la façon dont on doit composer les confections aussi bien à usage interne qu'externe], publiée à Barcelone en 1592. Cet ouvrage, certes postérieur au Moyen Âge, indique les assez nombreux ingrédients que contiendrait le diacimino, comme le signale María Nieves Sánchez. Outre le comino (cumin), la confection comprendrait : pimienta larga y negra (poivre, faux poivre, piment, poivron ?), cardamomo (cardamome), jengibre (gingembre), clavos (clous de girofle), nuez moscada (noix muscade), galanga (galanga), canela (canelle), nardo (nard, spicanard ?), calamento (calament). Tous ces ingrédients seraient réduits en poudre et liés avec du sucre ou du miel, nécessaires à la conservation du médicament composé. Dans la pratique, il est probable que la composition ait varié, un nombre plus ou moins important d'ingrédients venant s'ajouter au cumin, des variantes comprenant des ingrédients moins onéreux pouvant aussi être proposées. Il est même possible qu'avec le temps, une tendance à l'inflation se soit manifestée, comme cela a été le cas par exemple pour la *thériaque. La liste d'ingrédients présente dans un ouvrage de la fin du XVIe siècle doit donc être considérée avec précaution. Notons en outre que, d'après María José Martínez Girón, auteure d'une thèse sur l'ouvrage de Fray Antonio Castell soutenue à l'Université de la Corogne en 2017, donc après la publication de l'article de María Nieves Sánchez, la Theorica serait en fait une traduction fidèle d'un ouvrage français, La Paraphrase sur la pharmacopée divisée en deux livres de Brice Bauderon, publié pour la première fois à Lyon en 1588 et réédité très rapidement puis à de multiples reprises à la fin du XVIe et dans la première moitié du XVIIe siècle. Les deux auteurs ont en commun des études à la faculté de médecine de Montpellier et il ne serait guère surprenant que l'un ait connu l'autre. Voir María José Martínez Girón, Edición y estudio de la Theórica y práctica de boticarios de Fray Antonio Castell, Tese de doutoramento, Universidade da Coruña, 2017. Sur l'extrême popularité de la Paraphrase, voir Maurice Bouvet et Jean Volckringer, "Les éditions de la "Pharmacopée" de Bauderon (un extraordinaire succès de librairie)", Revue d'Histoire de la Pharmacie, 1959, n°161, pp. 108-111. L'hypothèse soutenue par María José Martínez Girón montre une fois encore à quel point les textes médicaux (et leur terminologie) dans le domaine roman sont liés. Pour en revenir aux apports de l'article espagnol sur le terme diacimino, notons enfin que son auteure mentionne une ultime source du tout début du XVIIe siècle, les Diez privilegios para mugeres preñadas [= Dix privilèges pour les femmes enceintes], compuesto por el Doctor Juan Alonso y de los Ruyzes de Fontecha, natural de la villa de Daymiel, catedratico de Visperas, en la facultad de medizina, de la universidad de Alcala, con un diccionario medico, Alcala de Henares, imprimé par Luys Martynez Grande, 1606. Cet ouvrage propose, dans son dictionnaire/glossaire, trois graphies latines et en donne l'équivalent vulgaire, à savoir comino ou simiente de comino (semence de cumin, graine de cumin). Les trois graphies latines sont ciminum, cyminum, cuminum. On voit donc ici le glissement de u à i en passant par y. [I. Vedrenne-Fajolles] 

Citations

  • Contre la morphee blance cuis la matere o laituaire qui est apielés dyatrion pyperion ou dyacyminon cascun jour au matin et au soir, aprés le laituaire doune li oximel squillitique diuretique o sirod de fumeterre o .11. parties d’yaue caude, quand la matere sera cuite, purge la [...].
    Jehan de Prouville [abbé Poutrel], Chirurgie, ca 1300, fol. 52r.
  • Diaciminum vaut a fraidor de piz et a ventosite de ventrail, a quartaine [...].
    Anon. [Nicolas de Salerne], Antidotaire Nicholas 1, ca 1290.
  • Ceulx qui se desirent ameigrir doivent communement user de [...] dyacimini et diatriton fait de poivre [...].
    Anon. [Guido Parato], Regime de santé, 1459, fol. 10r.